Le marxisme : mythes et réalités

Publié le par égalité

A la base mouvement de libre critique et d'analyse des luttes dans le monde, le marxisme croule depuis longtemps sous les fausses légendes.

Le marxisme n'est pas une théorie abstraite, et Marx a clairement critiqué ceux qui "à l'organisation graduelle et spontanée du prolétariat en classe" veulent substituer "une organisation de la société fabriquée de toutes pièces par eux-mêmes." Dans ce passage du Manifeste Communiste (1848), Marx ajoute que, pour ces "critico-utopiques", "l'avenir du monde se résout dans la propagande et la mise en pratique de leurs plans de société".
C'est une récusation par avance d'une des principales trahisons du marxisme par des courants se prétendant "marxistes". Le marxisme de Marx part des luttes concrètes, se nourrit des initiatives directes des prolétaires, et ne cherche surtout pas à les "enrégimenter".
Vouloir diriger les luttes à la place des travailleurs mobilisés, c'est à la fois tuer la spontanéité, empêcher le développement autonome de la lutte, briser la prise de conscience du monde qu'une lutte autogérée apporte ; c'est enfin une attitude opposée au marxisme.

Le marxisme c'est notamment la lutte pour la démocratie la plus large, pour l'abolition du capitalisme, pour l'auto-libération du prolétariat mondial, pour en finir avec le travail salarié qui est un esclavage, en finir avec les états qui sont des instruments d'oppression.
Marx était un révolutionnaire pour la conquête de la démocratie réelle - par exemple, son journal la Nouvelle Gazette Rhénane portait comme sous-titre : "Organe de la Démocratie". Il militait pour l'abolition de la dictature bourgeoise par une révolution du plus grand nombre, dirigée par le plus grand nombre.

Il y a, sur ces points comme sur d'autres, une opposition évidente entre Marx et certains "marxistes". A la fin du 19e siècle, la social-démocratie a élaboré un prétendu "marxisme" (alors que de nombreux textes fondamentaux de Marx étaient encore inédits !) qui s'est avéré être une idéologie de parti, manipulée par des dirigeants sans réel contrôle des adhérents.
Or, sur plus de 40 ans d'engagement politique, Marx n'a été que quelques années membre de la Ligue des Communistes ainsi que de l'Association Démocratique de Bruxelles, puis plus tard 8 ans membre de l'Association Internationale des Travailleurs - la plupart du temps, il n'a été membre d'aucun parti. Les luttes, le mouvement de conquête de la démocratie et de l'émancipation, n'avaient selon Marx pas besoin d'un parti, mais de larges mobilisations démocratiques. La social-démocratie a ainsi simplifié, droitisé, et falsifié la pensée de Marx.

Dans cette lignée, les sociaux-démocrates russes sont allés encore plus loin. "L'émancipation des classes travailleuses doit être conquise par les classes travailleuses elles-mêmes" pour Marx (octobre 1864), alors que Lénine se revendiquait ouvertement d'un "pouvoir dictatorial personnel" (avril 1918), qu'il a lui-même exercé - se situant donc, en opposition directe avec Marx, dans la tradition du pouvoir d'une minorité sur une majorité opprimée.
Une analyse marxiste montre que les rapports de production en URSS n'ont jamais été socialistes, ils sont toujours restés capitalistes, fonctionnant selon le triptyque décrit par Marx dans Le Capital : salariat - marchandises - argent. La bureaucratie d'état a pris la place de la bourgeoisie en tant que classe dominante exploiteuse (de même en Chine, où le régime passe progressivement du capitalisme d'Etat au capitalisme de marché, sans avoir jamais abandonné l'exploitation capitaliste et l'asservissement du prolétariat).

Au fond la ligne de séparation est :
* d'un côté les marxistes qui militent pour une révolution démocratique et l'instauration de la démocratie réelle ;
* de l'autre différents courants (dont les réformistes et les léninistes), qui sont fondamentalement pour le pouvoir d'une petite minorité : soit en respectant les institutions anti-démocratiques actuelles qui sont une dictature de la bourgeoisie, soit en instaurant le pouvoir d'une infime minorité, "au nom du prolétariat".

Avec la plus grande clarté, Marx écrivait dans le Manifeste Communiste : "le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l'immense majorité au profit de l'immense majorité".
D'autre part, le marxisme vise à l'abolition des états-nations, il est donc anti-nationaliste et clairement internationaliste.

Au delà des mythes et des déformations diverses, le marxisme est donc une composante du mouvement visant à une transformation radicale du monde, par l'abolition du capitalisme, des états, des frontières, des exploitations et des dominations, des inégalités, et des entraves à la liberté de tous.

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Kinzet 25/05/2007 23:45

Très bon texte !
J'ai un peu la même démarche avec mon site : retrouver Marx sous les couches de déformations (pour pas dire plus...).
http://marxisme.canalblog.com/